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Les kamikazes sociaux du XXIe siècle et les chemins de l'espoir
A l'heure où une nouvelle directive européenne sera présentée au Parlement européen visant à mettre en place une politique commune sur l'immigration, et où l'on préfère le plombier polonais au malien, il est nécessaire de revenir sur cette immigration venue des pays africains et incarnée par une jeunesse qui se cherche...
Ils sont des milliers chaque année à s'échouer sur les plages blanches de l'autre côté de la Mer Rouge, à défier les murs de fer barbelé couvrant les frontières occidentales. Ils sont des centaines chaque jour à tenter l'aventure de leur vie en quittant leur misère pour aller se faire esclave d'une réalité plus cruelle, violemment impitoyable. Ils sont jeunes et désespérés, venant de tous les coins du continent noir, qui n'a jamais aussi bien porté son nom. De Soweto à Lagos passant par Bamako, ils ont décidé d'aller à la poursuite du bonheur. Qui sont-ils donc ces nomades de la souffrance humaine ? Des jeunes gens, pleins de vie et le regard endurci, souvent ravagés par la violence, la destruction, et le désespoir. Ils traversent comme des caravanes fantômes les déserts les plus rudes, jouant au jeu du cache-cache avec les gardes frontaliers des pays. En 2006, l'organisation internationale pour la migration (OIM) a dénombré plus de 27 000 migrants irréguliers quittant les côtes de l'Afrique de l'Ouest pour l'Occident et ses illusions. Un chiffre en augmentation en 2007 qui reflète l'ampleur du phénomène, et dont le constat interpelle les gouvernements africains, incapables jusqu'ici d'y apporter des solutions concrètes.
L'Afrique se vide de ses enfants, de sa force et son avenir semble lui échapper comme si elle n'avait toujours été qu'une mère indigne, cocufiée et abusée par ses nombreux amants. Les jeunes Africains ont des désirs de partir, à tout prix, qu'importent les risques. Quels risques ? Les 500 morts repêchés par les autorités espagnoles en 2006 au large des Canaries, ces candidats à l'immigration dérivant sur des navires de fortune, tués par le froid, la déshydratation, l'appât du gain des passeurs ou par les requins. Des risques négligeables pour ces amis qui prennent tous les jours la route du non-retour, car comme ils le disent si bien, « le pire, c'est rester ici ». Une expression en wolof illustre froidement cet état d'esprit : « Barça mba Barzakh » ou « Barcelone ou mourir ». C'est dire leur détermination à fuir l'enfer dans lequel ils ont essayé, en vain, de survivre. Quand on habite le même ghetto depuis sa naissance, que l'on n'a pas les moyens de poursuivre une scolarité de base normale, qu'il faut marcher des kilomètres pour trouver un peu d'eau potable, et que le moindre bourdonnement démocratique appelle une répression sanglante, les existences que l'on promet à chaque conférence internationale et à chaque plan national, sont trop étroites pour les rêves de réussite sociale.
Tout le monde le sait, mais on s'efforce de l'ignorer, l'ascenseur social en Afrique est resté bloqué, pour la plupart des cas, dans les hautes sphères. Et pour la jeunesse minée par le sous-emploi et ses vices, les guerres, le salut vient d'ailleurs. Comment ne pas comprendre ceux qui s'en vont chercher une meilleure vie dans ces contrées où tout peut être possible à force de travail et d'acharnement ? Peut-on leur reprocher de vouloir connaître le rêve yankee, de goûter à la liberté française, de jouir de la méritocratie anglaise et d'incarner le dynamisme allemand ? Tandis qu'à Ndjamena résonnent les coups de fusil, qu'à Mogadiscio les bidasses font régner la terreur et qu'à Abidjan tout est dévasté. La jeunesse africaine est en quête de repères. Elle s'identifie aux modèles importés de réussite et exige de pouvoir faire de même. Obnubilés pour certains par le clinquant cliché de l'Occident-or, conscients des réalités pour d'autres, les jeunes Africains migrant clandestinement sont porteurs des espoirs et des espérances de leurs familles. Ce sont les kamikazes sociaux de ce siècle qui vont, au prix de leur propre vie, accrocher une promesse d'avenir. Au Sénégal, d'après des analyses du Fond monétaire international, les transferts de fonds réalisés par les émigrés clandestins au bénéfice de leurs familles, restées sur place, représentent près de 15 % du PIB - produit intérieur brut - du pays. C'est fort de ce constat que Laurent de Boeck, représentant régional de l'OIM a déclaré que : « très peu de mesures sont prises pour arrêter l'immigration irrégulière parce qu'elle génère bien plus de fonds que l'aide au développement ». En outre, à l'instar de Yaoundé, l'influence culturelle et artistique de cette « diaspora » est considérable au point de faire oublier et taire les critiques les plus acerbes des ONG locales de lutte contre l'immigration clandestine. C'est ainsi qu 'immigré clandestin hier, un frère ou une s½ur s'érige aujourd'hui en idole des jeunes. Toutes les voies menant finalement à Rome.
La gestion calamiteuse de la crise économique de 1973 par la majorité des pays africains, a eu un impact désastreux sur l'ensemble du tissu économique, social et politique du continent. Déchirée par des conflits armés fratricides et obligée de se plier aux plans d'austérité des institutions de Bretton Woods, l'Afrique a plongé dans la misère et la pauvreté faisant ressurgir des maux jusque-là sous contrôle tels que la corruption, le clientélisme, le conservatisme politique et le réflexe ethnique. Du même coup, le niveau de vie est devenu moins important, les zones urbaines se sont ghettoïsées littéralement, le chômage a dépassé tout entendement, et l'insécurité sociale s'est imposée comme étant la préoccupation majeure des jeunes Africains. Plus qu'une hantise, cette insécurité s'est heurtée au sentiment d'inertie et de marginalisation de la part des gouvernants et de la société civile. D'où la forte tendance à l'expatriation par de voies tortueuses et illégales.
Mais le plus inquiétant dans ce phénomène, c'est sans nul doute le cas des filles qui évitant les déserts du Sahara, tombent dans les réseaux de prostitution et de l'esclavagisme sexuel. Elles font le plein des « cybercentres », connus sous le vocable de « cybercafés », à la recherche du providentiel « blanc » qui viendrait les tirer de leur misère. Et malgré le durcissement des législations occidentales en matière de lutte contre l'immigration clandestine, le nombre de mariages « blancs » en Afrique subsaharienne n'a de cesse d'augmenter. On garde encore à l'esprit les images épouvantables de ces jeunes filles africaines forcées de copuler avec des animaux pour essayer d'envoyer quelques centaines de milliers de francs à leurs familles endettées. Un sacrifice acceptable.
Récemment, environ 220 immigrants illégaux ont été interceptés au large de l'île italienne de Lampedusa, un chiffre qui autorise et legitimise les politiques xénophobes, mais qui masque en fait la réalité d'un flux migratoire tout aussi préjudiciable pour l'Afrique, celle de la fuite des cerveaux. Ces centaines de jeunes Africains allant chaque année enrichir les pôles académiques et économiques des capitales occidentales au détriment de leur continent en manque de cadres qualifiés et payant au prix fort les coopérants étrangers. Des jeunes qui reviennent difficilement s'installer sur le continent, préférant à tort ou à raison les trompettes de la considération et de la reconnaissance de leur pays d'accueil. Un mouvement d'autant plus pervers qu'il semble encouragé par les nouvelles politiques de l'immigration que les Occidentaux veulent « choisie ». Entre le pillage intellectuel et la possibilité d'aider l'Afrique à s'en sortir en formant ces jeunes diplômés, le débat qui secoue le microcosme politique détourne l'attention mais ne fait pas oublier que la grande majorité des initiatives nationales pour empêcher la migration des jeunes Africains comme le plan REVA – Retour vers l'agriculture – au Sénégal, est un échec. Un de plus qui jette sur les chemins de l'espoir des milliers de kamikazes sociaux, cette jeunesse africaine que rien ni personne n'arrêtera.
L'Europe adopte la "directive retour"
Le texte, résultat d'un compromis conclu avec les 27 Etats membres, a été approuvé par 367 voix contre 206 et 109 abstentions.
Les eurodéputés ont adopté mercredi à une confortable majorité la "directive retour", un projet de loi controversé destiné à faciliter le renvoi des sans-papiers de l'UE. Le texte, résultat d'un compromis conclu avec les 27 Etats membres, a été approuvé par 367 voix contre 206 et 109 abstentions.
Les amendements proposés par les opposants au texte ont été à chaque fois rejetés avec des écarts de plus de 100 voix. Cette loi européenne vise en priorité à faciliter les départs volontaires des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans l'UE. Très critiquée par la gauche et de nombreuses ONG, elle prévoit néanmoins la possibilité de les expulser dans le cas contraire, avec une durée de rétention maximale de 18 mois et un bannissement de cinq ans après expulsion. La loi n'interdit pas l'expulsion des mineurs.
(afp/7sur7)
18/06/08 12h38
Accord sur le pacte européen sur l'immigration
Reuters
Par Yves Clarisse Reuters - Lundi 7 juillet, 20h49
CANNES (Reuters) - Et de un: le projet français de pacte européen sur l'immigration et l'asile, l'une des quatre priorités de la présidence française de l'Union européenne, a fait l'objet d'un accord général des Vingt-Sept.
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Les ministres de l'Intérieur et de l'Immigration de l'UE, réunis à Cannes, ont réussi à aplanir les dernières divergences de fond qui subsistaient sur ce texte, qui sera entériné par les dirigeants européens en octobre après un travail de toilettage.
"Cette réunion est un véritable, total succès", a déclaré le ministre français de l'Immigration, Brice Hortefeux, en parlant d'"accord unanime". "Avec le pacte, l'Europe ne sera ni une forteresse, ni une passoire. Nous organisons l'immigration légale et nous désorganisons l'immigration illégale."
Les ultimes réserves émises par l'Espagne et certains pays nordiques ont été levées à Cannes.
"Le pacte reflète la politique espagnole de l'immigration", a déclaré le ministre espagnol de l'Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba. "Je suis satisfait des changements."
La Suède et la Finlande, qui voulaient éviter que l'on donne l'impression d'une Europe forteresse repliée derrière ses murs, ont également estimé que le texte proposé était "bon".
"Nous saluons le pacte sur l'immigration et nous pensons qu'il est très bon de mettre clairement l'accent sur le dossier de l'immigration", a indiqué le secrétaire d'Etat suédois à la Justice, Gustaf Lind. "C'est équilibré et cela ne devrait pas être considéré comme quelque chose de négatif ou d'effrayant."
Tous les autres Etats membres, dont l'Allemagne, ont donné leur plein appui au texte tel que proposé par la France, qui engrange ainsi un succès de taille quelques jours seulement après le début de ses six mois de présidence de l'UE.
"Par ce pacte, nous arrivons à une politique de l'immigration qui est tout à fait à la hauteur de la démocratie et de la civilisation en Europe", a souligné Prokopis Pavlopoulos, le ministre grec de l'Intérieur.
HYPOTHÈQUE ESPAGNOLE LEVÉE
Le postulat de base est qu'une "immigration zéro apparaît à la fois irréaliste et dangereuse", peut-on lire dans le texte. "L'Union européenne n'a toutefois pas les moyens d'accueillir dignement tous les migrants qui espèrent y trouver une vie meilleure", ajoute ce texte soumis aux Vingt-Sept.
La France souhaitait au départ que les Vingt-Sept s'engagent à renoncer aux régularisations massives d'immigrés illégaux, qui sont estimés à huit millions dans l'Union européenne, une pratique utilisée dans le passé par l'Espagne, à la grande colère de Nicolas Sarkozy, qui dénonçait un "appel d'air".
Mais l'Espagne et d'autres pays ont refusé un engagement contraignant qui pouvait apparaître comme une condamnation des politiques du passé, tout en acceptant les thèses françaises.
Le texte dit désormais que l'Union européenne convient "de se limiter à des régularisations au cas par cas, et non générales, dans le cadre des législations nationales, pour des motifs humanitaires et économiques", ce qui revient au même.
L'autre pierre d'achoppement était l'idée française d'un "contrat d'intégration" qui devrait être signé par les immigrés légaux qui s'engageraient à apprendre la langue ou à respecter les lois de leur pays d'accueil, comme par exemple la laïcité.
Là aussi, plusieurs pays, dont l'Espagne, ont tiqué et le terme de contrat obligatoire a disparu du projet.
Le texte prévoit la mise en place "selon les procédures et avec les moyens qui leur paraîtront adaptés" de "politiques ambitieuses" d'intégration reposant sur les droits - accès à l'éducation, au travail et aux services sociaux - et les devoirs, comme "le respect des lois du pays d'accueil".
Les Vingt-Sept s'engagent aussi à promouvoir "l'apprentissage de la langue du pays", mais sans obligation.
IMPULSION POLITIQUE
Pour le reste, le pacte innove beaucoup moins qu'il ne donne une impulsion au plus haut niveau à des principes qui font consensus - voire à des décisions déjà adoptées pour permettre à l'UE de se diriger vers un régime d'"immigration choisie".
Ainsi, la politique d'asile sera à terme commune pour traiter les demandeurs de la même manière partout dans l'UE. L'objectif est d'installer dès 2009 un bureau d'appui aux Etats membres pour faciliter l'échange d'informations sur les demandeurs afin de parvenir à une procédure unique en 2012.
Les sanctions pénales contre les employeurs qui offrent du travail aux illégaux, texte qui est déjà sur la table, s'y retrouvent, de même que la directive sur le retour des demandeurs d'asile qui n'ont pas obtenu gain de cause.
Les Vingt-Sept sont parvenus en juin dernier à un accord sur la fixation d'une durée maximale de 18 mois de détention des immigrés illégaux avant leur expulsion vers leurs pays d'origine et ce texte a été approuvé par le Parlement européen, ce qui a suscité un tollé parmi les défenseurs des sans-papiers.
La conclusion d'accords de "réadmission" des immigrés illégaux par leur pays d'origine, dont certains sont conclus ou en négociation, sera encouragée par le pacte, qui entend aider les pays d'émigration à garder leur main d'oeuvre qualifiée.
Les moyens de surveillance des frontières extérieures de l'UE seront renforcés, même si le mécanisme Frontex ne devrait pas déboucher sur un corps européen de garde-frontières.
Sur l'immigration légale, l'idée d'une "carte bleue" à l'image de la "carte verte" américaine pour gérer au niveau européen les besoins d'immigration "choisie" est déjà sur la table, mais les Etats membres garderont le contrôle des flux.
Edité par Henri-Pierre André

