http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=6284
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=14083
http://blogs.lesoir.be/empreinte-eco
Notre planète est menacée de mort, le compte à rebours a commencé. La communauté scientifique internationale s'accorde pour dire qu'il nous reste à peine dix ans pour éviter une catastrophe générale – un bouleversement majeur du système climatique entraînant des perturbations météorologiques extrêmes, des inondations, de longues périodes de sécheresse, des crues, des épidémies, des vagues de chaleur meurtrières d'une ampleur sans précédent.
Est-ce une raison pour désespérer? Plutôt que de sonner le tocsin de l'apocalypse ou céder à la tentation du fatalisme, UNE VÉRITÉ QUI DÉRANGE nous invite à suivre, partager et relayer le combat passionné d'un homme pour stopper le réchauffement climatique et dénoncer les mythes et illusions qui l'entourent.
Cet homme est l'ancien Vice-président des États-Unis, Al Gore, qui, à la suite de sa défaite à l'élection de 2000, opéra un changement de cap décisif en décidant de contribuer de toutes ses forces à la survie de la Terre. Depuis cinq ans, Al Gore sillonne donc les États-Unis, multipliant conférences et exposés pour persuader ses concitoyens de l'urgente nécessité de résoudre cette crise environnementale.
Ce passionnant documentaire sur le "grand show climatique" d'Al Gore expose les vérités scientifiques irréfutables qui fondent son combat. Il trace aussi, en parallèle, le portrait intime et émouvant d'un personnage méconnu dont on découvre l'humour, la chaleur communicative, l'ouverture d'esprit et l'engagement passionné.
Les terribles tempêtes de 2005 auront été une incitation supplémentaire à agir au plus vite, et Al Gore ne prend pas de gants pour souligner l'urgence et la gravité de la situation. Le film présente avec éloquence des donnés scientifiques et des prévisions argumentées, et suggère des mesures simples et concrètes, à la portée de chacun de nous. L'histoire personnelle d'Al Gore donne un écho supplémentaire à ces informations citoyennes. Au fil des scènes, on découvre en effet l'itinéraire singulier de ce jeune étudiant idéaliste qui comprit très tôt l'ampleur et les enjeux de la crise environnementale ; de ce jeune Sénateur qui dut affronter un terrible drame familial et en tirer les enseignements ; de cet homme qui faillit devenir Président des États-Unis, mais préféra se consacrer à la cause qui lui tient le plus à c½ur.
Avec esprit, une pointe d'humour et une bonne dose d'espoir, UNE VÉRITÉ QUI DÉRANGE fait passer le message le plus important, le plus convaincante d'Al Gore : Nous ne devons plus considérer le réchauffement climatique comme un "problème politique", mais comme le plus grand challenge moral de notre civilisation...
CRITIQUE : Une vérité qui dérange
Il aura suffi d'une projection d'Indigènes pour que le gouvernement, sous l'impulsion d'un Jacques Chirac ému, s'engage enfin à "décristalliser" les pensions des tirailleurs africains. Gageons qu'il faudra un peu plus que la projection réservée ce soir aux députés à l'Assemblée Nationale pour que change la politique environnementale, et donc industrielle et énergétique de la France. Passées les belles déclarations de principes ("notre maison brûle et nous regardons ailleurs"), les contraintes économiques (réelles ou supposées) et le poids des lobbies tuent le plus souvent dans l'½uf toute vélléité d'application concrète et rapide.
Reste que la sortie très médiatisée d'Une vérité qui dérange de Davis Guggenheim, appuyée sur une campagne de grande ampleur (voir le site criseclimatique.fr), ne peut qu'aller dans le bon sens, celui d'une prise de conscience des citoyens : les citoyens qui seuls peuvent faire pression sur leurs élus pour infléchir les orientations publiques ; les citoyens qui par leurs habitudes de consommation sont aussi les acteurs de toute action d'ampleur. Dans la veine "do it yourself", le site officiel délivre ainsi une série de quelques "gestes simples pour sauver notre planète".
Quant au documentaire lui-même, il a les défauts de ses qualités : on passera sur la success-story à l'américaine bâtie autour du personnage d'Al Gore, on tentera d'oublier le côté très formaté de la mise en scène, pour retenir la force pédagogique du propos. Les images, schémas, animations en trois dimensions convoquées par Al Gore lors de ses conférences ont une capacité de conviction qui dépasse les habituels discours des climatologues. Le film peut ainsi servir de support tout à fait adéquat dans le cadre de l'Education à l'Environnement pour un Développement Durable (voir le dernier dossier du Café pédagogique : Nouvelles ressources sur l'effet de serre). Il peut également être utilisé en Anglais, comme le propose Christine Reymond, liens à l'appui (notamment vers les principales critiques des journaux américains), dans la dernière édition du dossier mensuel du Café pédagogique.
[Une vérité qui dérange de Davis Guggenheim. 2006. Durée : 1 h 38. Distribué par United International Pictures. Sortie le 11 octobre]
Al Gore, la surprise de l'humour
Vendredi, 20 octobre 2006 2:24pm
Taille de bûcheron, costume bleu marine et santiags blacks... Dans le confort feutré de l'Amigo, à Bruxelles, le géant américain semblait corseté dans le mini-cosy rouge qui lui était dédié pour répondre aux questions de la presse belge, le 8 octobre dernier. Toile de fond de la venue de l'ex vice-président américain, la présentation d' « Une vérité qui dérange », son film combat sur le réchauffement planétaire, a animé une courte rencontre avec les journalistes du Soir et du Morgen. L'homme se lève et sourit...
« La première personne qui m'a suggéré de transformer mon slide show en film était Laurie David, un des trois producteurs du film. J'étais sceptique quant au fait de pouvoir en faire un film mais ils m'ont persuadé. Et je suis très heureux de les avoir écoutés parce qu'ils ont fait un boulot fantastique. »
Quelle est la différence y a-t-il dans votre relation avec le public entre ces conférences sur les changements climatiques que vous tenez aux quatre coins des Etats-Unis et de la planète et un tel film ?
« Il va de soi qu'un show dias engendre de facto un lien personnel et émotionnel avec l'audience qui vit et respire autour de vous. Quand on projette des images sur un écran, c'est différent, il faut procurer à une plus large audience assez d'informations sur des aspects plus personnels des personnes à l'écran afin de créer une vraie complicité avec le spectateur. C'est en ce sens que le réalisateur Davis Guggenheim m'a dit : « C'est peut-être vous, cette personne... » (rires). C'est la principale différence : il y a une valeur attractive plus importante au bout du compte dans un film comme celui-ci. Je continue à produire mon show dias et l'améliore aussi souvent que possible. Il y a beaucoup d'éléments que j'ai ajouté depuis que j'ai fait le film. Vous voulez-les voir ? » Oui, maintenant, comme cela l'interview pourra se prolonger (éclats de rire)
La forme parfois ludique de vos conférences permet-elle d'aller plus loin dans le message que vous voulez délivrez ?
« Il pouvait y avoir un risque (NDLA: de ne pas assez incarner la question), mais je ne pense pas que ce soit le cas avec ce film. Idéalement, je devrais pouvoir sortir du film pour un peu marcher et déclarer aux spectateurs : il y a assez de faits, non ? (NDLA : il rit) »
Les gens peuvent également dire que vous délivrez ce message d'une manière attractive mais les détails ne sont pas corrects...
“Mais les détails sont corrects ! Aux Etats-Unis, Associated press a contacté tous les scientifiques personnellement. Tous ceux qui ont répondu, tous n'ont pas répondu, tous ceux qui ont répondu donc, ont déclaré que les faits scientifiques sont corrects. Je ne suis pas surpris de cela puisque j'ai travaillé avec la communauté scientifique depuis trente ans sur la question pour démontrer que c'est juste. Je comprends ce que vous voulez dire mais je pense que si le film marche comme cela, c'est parce le réalisateur a voulu qu'il y ait un équilibre entre ce que la science établit de manière pointue et une valeur ajoutée attractive.”
Vous parlez des faits et du consensus scientifique, mais certains scientifiques continuent à contester la thèse d'un réchauffement d'origine humaine. Quelque 61 scientifiques ont par exemple envoyé une lettre ouverte au gouvernement canadien à ce sujet... (NDLA : Je lui tends la pétition des « Amis de la science »)
Il saisit la pétition, interrogatif, puis presque comédien : « Oh ! Je ne connais rien de ces Amis de la science, mais je peux vous parier – il cite les termes « Friends of science » avec une onctuosité cruelle dans le timbre de voix - qu'avec un nom pareil ils ont été payés par Exxon Mobil (éclats de rire). »
Vous connaissez ces personnes ?« Laissez-moi voir deux minutes. »
(NDLA : Il épluche la liste des 61...) Ils viennent essentiellement du Canada, des Etats-Unis et d'Australie. On trouve un français également...
« Vous savez c'est une partie du problème : vous pouvez toujours trouver 61 scientifiques... (NDLA : il parcourt la liste et s'interrompt). Oh ! Patrick Michels, mais celui-là a notamment reçu de l'argent d'Exxon Mobil. Mais beaucoup d'autres aussi. Il font tous partie du même petit groupe qui va vous dire que l'atterrissage sur la lune était une scène de film tournée en Arizona.”
C'est peut-être le même groupe dans le fond (NDLA : rires) ?
« J'ai eu un dîner à Amsterdam l'année passée et quelqu'un me disait qu'il était sceptique à propos de l'origine et des risques majeurs liés au réchauffement et je lui ai répondu : Vous n' avez trouver des personnes pour faire un film. » Il m'a répondu : « Mais y a-t-il matière à dire quelque chose ? » (NDLA : il éclate de rire). « Bon, un peu de sérieux, il y a un contraste intéressant entre deux études : la première a été faite à l'université de Californie. Elle a fait une large étude des articles scientifiques publiés avec revue par les pairs sur le réchauffement global depuis dix ans. Quelque 928 articles avaient été passés en revue et le nombre qui ne s'accordait pas avec le consensus était zéro ! La deuxième étude analysait la couverture des quatre quotidiens US sur la question depuis 14 ans : elle montrait que 53 % exprimaient des doutent à ce propos. Il y a une grande différence entre les revues par les pairs, c'est à dire les scientifique qui se soumettent à la critique de leurs pairs avant toute publication et ceux qui sont en lisière de la recherche et qui soumettent leurs papiers aux journaux en leur disant ce sont les faits, vérifiez les ! Et certains papiers reçoivent de l'argent des compagnies pétrolières ou des mines de charbon pour les diffuser. La manière dont la forme publique fonctionne de nos jours est très vulnérable face aux productions de cette science légère qui est soutenue par des intérêts particuliers. Il y a peut-être certaines personnes qui pensent vraiment ce qu'elles disent et il est aussi vrai que dans l'histoire des sciences, parfois, un scientifique seul ou un petit groupe peut avoir raison contre tous. »
Comme Galilée...
« Oui, certainement, mais dans le cas du réchauffement d'origine anthropique ce sont des longues études très étendues dont on fait peu la publicité. Il paraît plus aisé pour certains médias de répercuter les études sceptiques qui confortent les gens qui n'y croient pas. Un des plus célèbres géographes ne croyait pas aux plaques tectoniques dans les années soixante et est mort comme cela... Les gens ont accepté ces vues depuis lors puisque le monde a avancé. »
Pensez-vous que votre film est une bonne manière de combattre cette stratégie du déni ?
« Oui, je le pense. Il y a eu un grand changement dans la discussion démocratique. Le documentaire devient un des dernières « boulevards » pour communiquer à propos d'un sujet très complexe. Cela requiert plus que quarante secondes pour toucher une audience très large. Je ne veux pas vous embêter avec cela, mais c'est très important : d'où est venue la civilisation belge ? Et plus tard, la civilisation US... Tout cela est connecté. Erasme a exposé le rôle de la raison au Moyen-Age. Le féodalisme était supporté par un Monopoly lié à la non diffusion de l'information. L'église a tenté de masquer certains livres. La plupart des gens n'avaient pas accès à cette information et donc au pouvoir. Quand la presse imprimée a inventé une nouvelle manière dynamique et interactive d'informer et de dialoguer avec les citoyens, la logique a changé. Aujourd'hui, la télévision surpasse les journaux. Et maintenant, dans mon pays, pourquoi la télévision est-elle aussi hypnotique ? Dans cet environnement, le documentaire offre une manière unique de communiquer la vérité sur des sujets compliqués... »
Dans votre film, vous utilisez l'ironie, les effets visuels, l'humour, la surprise...
“Oui, l'humour en ce qui me concerne est une heureuse surprise” (NDLA : il éclate de rire)
Vous évoquez une question morale à propos de la nécessité d'agir très vite pour prévenir un cataclysme planétaire. Le Danois Bjon Lomborg réplique à ce propos que la première question morale est de réduire la pauvreté et les maladies endémiques qui ruinent les pays sous-développés...
« C'est de la rhétorique. Si on ne résout pas la crise climatique, tous les problèmes actuels iront infiniment plus mal. Si on résout le changement climatique, il sera plus facile d'aborder les problèmes de la pauvreté. La génération de mes parents aux Etat Unis, après la Seconde guerre mondiale, ont trouvé un moyen de mettre en oeuvre un challenge important chez nous et en Europe afin de la réunifier, de mettre en oeuvre les Nations-unies et un système de commercial mondial... De la même manière, la prise de conscience de la crise climatique peut nous donner une vision et une autorité morale pour être plus efficaces dans la résolution des problèmes du sida et prévenir les millions de personnes qui décèdent chaque année de diarrhées. Ces personnes pourraient être traitées avec de la pénicilline depuis longtemps. Alors, vraiment, quand Lomborg dit qu'on doit choisir entre la crise climatique et les maladies... Pourquoi avez-vous plus de maladie de lime en Belgique aujourd'hui ? Parce que les tiques se répandent plus avec les changements climatiques. Les moustiques, dans beaucoup de parties du monde, étendent leur aire de distribution et montent en altitude,... Les plantes et animales se répandent dans de nouvelles niches écologiques en raison des changements climatiques et dans le même temps les germes et les virus suivent cette expansion. Les coûts des maladies liées aux changements climatiques sont énormes. Travailler pour nous comme être humains nous imposent de maintenir la diversité dans un climat stable. Le réchauffement engendre des mouvements dans de très mauvaises directions. J'aurais besoin de plus de temps à vous consacrer pour aller en profondeur dans la réponse aux sceptiques... Une analogie encore : en 1964, dans mon pays, après une longue étude, la communauté scientifique a dit que fumer des cigarettes engendrait des maladies mortelles et que davantage d'Américains décédaient chaque année des suites du tabac que le nombre total d'Américains morts pendant la Seconde guerre mondiale. Pendant cinq décennies, les lobbies cigarettiers ont organisé et financé des groupes de scientifiques pour démentir ces faits établis en disant : « Eh ! Attendez une minute, notre grand-père a fumé toute sa vie et il pense devenir centenaire. » C'était une autre vérité qui dérangeait...
Avez-vous convaincu des sceptiques ?
« Beaucoup, oui mais pas tous. Une chose me rend heureux : c'est quand des personnes viennent me trouver et me disent : « J'étais sceptique, je ne le suis plus. Un important éditorialiste du magazine « Scientific american », réputé pour être sceptique, a vu le film. Il a passé une semaine au téléphone pour appeler des scientifiques et a déclaré dans sa colonne : J'étais sceptique, je suis devenu un activiste. »
L'empreinte écologique imprimée sur la planète par le modèle de développement occidental est insoutenable. Connaissez-vous votre empreinte personnelle ?
“Oh ! elle équivaut à des milliers d'arbres plantés (NDLA : il mime le nombre de terrains nécessaires). A un niveau personnel, j'ai acheté une voiture hybride, changé toutes les lumières et posé des panneaux solaires sur mon toit. J'ai pris un engagement depuis deux ans avec ma famille afin d'avoir un mode de vie carbone zéro. On peut réduire toutes les choses, mais on ne peut pas toutes les éliminer, c'est pour cela que je finance des projets qui réduise le CO2 liés notamment à mes émissions de voyage. J'ai investit avec mon épouse dans des projets de cuisines solaires dans les villages en Inde. On a mis de l'argent dans un projet de centrale hydroélectrique en Hongrie qui remplace de l'électricité produite avec du charbon. J'ai mis de l'argent dans le marché du carbone à Londres. Je vous remercie d'avoir pris le temps de regarder mon film.»
Propos recueillis par Christope Schoune



