http://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=90&art_id=285478
http://www.resistances.be/anversmeurtre00.html
http://www.blokwatch.be/
http://www.extreemrechtsneebedankt.be/francais.html
http://www.extremedroite.be/
Comment lutter contre l'extrême droite :
Lutter contre le chômage, la misère et toutes les formes d'exclusion ; écouter les plaintes de la population et travailler sur le terrain pour résoudre les problèmes concrets des gens.
Faciliter le dialogue, les rencontres et la compréhension mutuelle entre les différentes communautés religieuses, politiques, ethniques, culturelles ou philosophiques.
Pratiquer le « harcèlement démocratique » : opposer une réponse politique ferme à chaque expression de l'extrême droite et engager une lutte juridique et institutionnelle contre les partis et personnalités d'extrême droite. Dans le strict respect de la Loi et dans tous les cas prévus par elle.
Respecter une valeur morale personnelle et une éthique collective. Ce respect étant valable pour chaque citoyen, il l'est a fortiori pour ceux qui détiennent des responsabilités collectives, politiques ou autres.
Informer à propos des partis et idéologies d'extrême droite, leur ôter le masque de la respectabilité et dénoncer leurs mensonges.
Enseigner l'histoire, éduquer à la tolérance, sensibiliser à la citoyenneté. Dans la famille, à l'école, dans la société.
Refuser la banalisation de l'extrême droite ou du discours raciste : réagir, s'exprimer publiquement, défendre ses opinions et affirmer ses valeurs, ne pas leur abandonner le terrain de l'expression.
Rappeler à chaque fois que c'est nécessaire qu'en Belgique le racisme n'est pas une opinion mais un délit punit par la Loi.
Soutenir l'action des associations et groupements de lutte contre le racisme et l'extrême droite ou, mieux, y participer.
Commencer par changer nos propres comportements quotidiens.
D'abord des mots et puis...
Le Premier ministre Guy Verhofstadt a raison lorsqu'il dit:
«Nul ne peut désormais ignorer ce à quoi l'extrême droite peut mener.» Les récentes agressions contre des étrangers qui ont eu lieu en Flandre doivent inquiéter. Le climat raciste et xénophobe entretenu par le Vlaams Belang au nord du pays y est sans doute pour quelque chose.
Certes, le temps n'est plus aux «sale juif», «sale nègre» ou «sale bicot, retourne dans ton pays» ... Ces mots-là traduisent trop crûment l'opinion de ceux qui les emploient. Ils restent réservés aux arrière-salles de café où l'on est entre soi.
Le Vlaams Blok s'est rhabillé en Vlaams Belang avec pour objectif d'être plus présentable. Il applique aujourd'hui, avec brio, une stratégie de langage de «contournement» pour exprimer ses thèses néoracistes. A «les étrangers dehors», il préfère aujourd'hui, inspiré par le Front national français, décliner ses arguments sur le thème de la «préférence nationale».
On rappellera ici l'habileté de Le Pen déclarant il y a plus de 20 ans déjà: «J'aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines et mes voisines que des inconnus». Un apparent bon sens, qui n'est qu'une virtuosité verbale, pour faire passer une xénophobie douce qui a conquis une large part de l'électorat flamand. Mais le vieux fonds de commerce «sang, sol, racines, identité, patrie» est toujours bien présent.
C'est d'abord par les mots du quotidien que s'exprime le racisme. Les discours permettent ensuite le passage à l'acte, la mise en pratique politique.
Dans tous les cas, le racisme joue sur le fantasme de la différence dont il faut se prémunir, se protéger puisqu'elle constituerait un danger. Les dynamiques psychologiques que met en oeuvre le racisme sont puissantes: elles jouent sur la peur, désignent l'étranger comme bouc émissaire responsable de toutes nos frustrations.
Sur les esprits faibles, le racisme aggrave ces perceptions en «rationalisant» la perception de l'étranger comme la cause du malheur. Le meurtre de Joe Van Holsbeeck a montré combien une collectivité tend à être désignée comme bouc émissaire. Un individu de «type nord-africain» stigmatisait tout un groupe social. Et la crainte manifestée par la communauté polonaise visait à éviter cette généralisation absurde.
Contrairement aux prétentions qu'elle se donne, la pensée néoraciste, malgré les apparences de logique, n'est pas une pensée rationnelle. Elle est d'abord un condensé de préjugés et sa force procède d'un principe d'évidence communément admis par une partie du corps social à un moment donné.
A force de banaliser ce discours, à force aussi de voir les forces démocratiques - notamment en voulant rompre le cordon sanitaire - surfer sur ces thèmes, certains «fous» troquent les mots contre un revolver. Les mots aussi finissent par tuer.
© La Libre Belgique 2006
RACISME
http://www.resistances.be/parleurop.html
Tour d'horizon et analyse
Extrême droite et antifascisme en Belgique
Par Manuel Abramowicz (RésistanceS)
Au coeur de l'Europe, la Belgique est habitée par l'une des extrêmes droites les plus redoutables. Grâce à des discours populistes, antisociaux, racistes, nationalistes et antipolitiques, elle représente en Flandre plus de 24 % de l'électorat. A Bruxelles et en Wallonie, l'extrême droite, pourtant toujours à l'état groupusculaire, ne cesse de s'incruster aux élections. Face à elle, les antifascistes restent mobilisés. Plusieurs organisations sont heureusement toujours actives sur le terrain.
La Belgique est l'un des plus petits Etats de l'Union européenne. Le pays est connu sous de multiples facettes. L'une de celles-ci est malheureusement la présence d'une extrême droite parfaitement bien implantée sur l'échiquier politique.
Depuis près de vingt ans, le Vlaams Blok (VB, Bloc flamand en français) - aujourd'hui rebaptisé Vlaams Belang (VB, Intérêt flamand) -, incarnation parfaite de l'extrême droite contemporaine, est intégré dans le quotidien de l'actualité politique de notre pays. Le VB va de succès électoral en succès électoral. Lors de chaque élection, ses gains en voix sont en augmentation. Aujourd'hui, il représente plus de 24 % de l'électorat de la Région flamande. Il est le deuxième parti politique le plus important en voix dans cette dernière et le premier dans la ville d'Anvers.
Fort de ce succès, le VB bénéficie d'un rôle de nuisance maximum. Les autres partis politiques flamands agissent tous, de manière régulière, en fonction du danger que représente directement le VB pour leur propre pérennité politique. L'agenda du Vlaams Blok-Belang est ainsi imposé à l'ensemble de la classe politique. Mais pourquoi le VB est-il devenu si fort ?
Les raisons du succès du VB
Ce parti est apparu en 1978 sous la forme d'un cartel électoral rassemblant les purs et durs du nationalisme flamand de droite. Ces derniers étaient pour la plupart des dissidents de la Volksunie, le parti historique du « mouvement flamand ». La première raison de la « force » du VB réside donc dans son appartenance à un important mouvement identitaire. Parti indépendantiste, il revendique la disparition de l'Etat belge et la création d'un nouveau pays : la Flandre. Il n'est pas le seul. Les thèses séparatistes sont effectivement portées dans toutes les formations du Nord du pays. Ce que dit le VB au sujet de l'avenir institutionnel de la Belgique est également partagé par beaucoup d'autres. Ce parti, certes d'extrême droite, reste un membre important du « mouvement flamand ». Il fait en quelque sorte partie de la famille. D'où, sans doute, la difficulté en Flandre de le combattre correctement.
Le succès du VB est aussi lié à la situation actuelle des partis démocratiques agissant dans un contexte global bien particulier. Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des pays européens, il y a systématiquement une large coalition pour diriger la Belgique. Les différences entre la droite et la gauche n'existent pas vraiment. Les repères et les identifications idéologiques sont extrêmement solubles. De plus, des tensions communautaires légendaires (entre francophones et néerlandophones) rythment systématiquement l'activité gouvernementale. L'absence de clivage gauche-droite est remplacée par des surenchères nationalistes.
L'équilibre politique est toujours précaire. Les partis flamands de la majorité (le VLD libéral et le SP.A social-démocrate) sont obligés de composer avec leurs homologues francophones. Ces derniers sont sans cesse caricaturés chez les plus radicaux du mouvement flamand et considérés comme étant les verrous à faire sauter pour que la Flandre se sépare de la Belgique. Les partis d'opposition (au niveau fédéral), le VB et le CD&V (sociaux-chrétiens, aujourd'hui associés aux ultranationalistes de la NVA) profitent de cette situation, qui évolue également sur fond de crise sociale, produisant jour après jour de nouvelles inégalités au sein de la population. La protestation à l'égard de ceux qui sont au pouvoir ne cesse d'augmenter. Au bénéfice de l'extrême droite.
La puissance actuelle du VB a également une origine endogène. Le Vlaams Blok-Belang est un parti fondamentalement bien organisé. Structuré sur un modèle hiérarchique classique des formations d'extrême droite, il déploie ses tentacules, via des organisations périphériques, dans toute la société. Ce qui lui permet de toucher en permanence un public large, composé de militants, de sympathisants, d'actuels et futurs électeurs. Sachant que son ascension électorale se base sur l'addition de voix aux origines sociologiques diverses, le VB tient un discours opportuniste s'adressant, par slogans et simplismes, à un électorat composite. Il peut ainsi toucher un grand nombre d'électeurs potentiels. Dans la réalité, ce parti reste égal à lui-même et fidèle à ses origines national-fascistes.
VB surpuissant, FN groupusculaire, mais...
Du côté francophone, l'extrême droite est très faible au niveau organisationnel. Si en Flandre, un seul parti est détenteur du leadership de l'extrême droite, la situation diffère de l'autre côté de la frontière linguistique. En régions bruxelloise et wallonne, le Front national n'est pas le seul à être en lice pour s'accaparer les voix destinées à l'extrême droite; d'autres petites formations (souvent issues de dissidences du FN) existent. Depuis toujours, l'extrême droite francophone est caractérisée par sa division interne, son état groupusculaire et l'impossibilité de se rattacher à une identité nationale bien précise (le nationalisme belge ou wallon n'est en aucune manière comparable au nationalisme flamand ou français). Ces facteurs singularisant le FN et ses concurrents empêchent pour l'heure la création d'un véritable parti d'extrême droite équivalent au VB.
Cependant, au niveau électoral, l'extrême droite francophone s'impose de plus en plus. Ses scores locaux peuvent être élevés, voire très élevés, comme dans le canton de Charleroi (plus de 18 % aux élections régionales de 2004). Ne pouvant s'arc-bouter sur un « mouvement nationaliste » (colonne vertébrale du corpus doctrinal du fascisme, du nazisme, de l'ultradroite...), le FN profite néanmoins de la mauvaise situation socio-économique et de ses conséquences au quotidien sur la vie des citoyens.
Force est de constater, une fois de plus, que l'extrême droite en général grandit toujours en période de crise, d'incertitude et de déséquilibre du pouvoir politique. Elle désigne les « coupables » (les politiciens, les immigrés....) et propose des solutions simples (« ya-ka ») pour résoudre les problèmes de notre société. Par un discours rigide, protectionniste et ultradroitiste, elle rassure également les « bourgeois » refusant toute solidarité avec les victimes de la crise socio-économique et craignant, pour leur sécurité immédiate, les conséquences de cette crise (délinquance, incivilité, élargissement du chômage à de nouvelles couches sociales...).
Même origine idéologique
Quant à leur profil, si les partis d'extrême droite se sont adaptés au système politique d'aujourd'hui, il n'en reste pas moins qu'en dessous du verni d'honorabilité de bon aloi dont ils se couvrent, leur nature idéologique intrinsèque est toujours identique. Le VB et le FN belge, comme le FN français, le NPD allemand, le FPÖ autrichien ou le BNP britannique, proviennent du même milieu politique. Ils ont été fondés par d'anciens partisans du Troisième Reich, des néofascistes et/ou des néonazis. Un exemple parmi beaucoup d'autres : le manifeste de fondation du VB a été inspiré par celui de Were Di, un cercle regroupant des anciens collaborateurs nazis, dont le but est de poursuivre le combat entamé durant l'occupation nazie. Plusieurs fondateurs du VB proviennent de la direction de Were Di, comme d'autres organisations ouvertement néonazies, antisémites et négationnistes. Les liens du VB avec la nébuleuse néonazie sont toujours d'actualité, malgré les tentatives négationnistes visant à occulter ceux-ci.
Les programmes politiques officiels des formations d'extrême droite témoignent de la survivance de l'héritage idéologique reçu de leurs « géniteurs ». La « loi du sang », l'organisation inégalitaire de la société et un système d'apartheid sont les références essentielles de leur corpus. L'adaptation politique de l'extrême droite à notre époque n'est que stratégique. Cette adaptation fait partie d'un plan de prise de pouvoir, selon la stratégie du « Cheval de Troie ».
Que faire ?
Face à cette stratégie, les deux partis flamands de la majorité fédérale (VLD et SP.A) semblent être de plus en plus affaiblis. Défavorisés par leur participation continuelle au pouvoir, ils produisent chaque année de nouveaux déçus de leur politique gouvernementale. De plus, l'image du monde politique « classique » est souvent déforcée par des scandales politico-judiciaires défrayant la chronique. Pour empêcher l'accès de l'extrême droite au pouvoir, un cordon sanitaire lui est imposé depuis près de quinze ans. Mais ici et là, ce « cordon » se lézarde maintenant en Flandre, où des hommes politiques revendiquent ouvertement sa suppression dans le but d'associer le VB au pouvoir.
L'objectif officiel est de le mouiller politiquement, après les élections communales d'octobre 2006. Se basant sur l'exemple autrichien, l'espoir des partisans de la rupture du cordon sanitaire est que, sorti de l'opposition, le VB se déforce une fois intégré dans une majorité communale et déçoive alors une partie de son électorat. Mais rien ne garantit une telle issue. D'autant plus que ce scénario – dont le résultat est invérifiable aujourd'hui - reste en réalité pour beaucoup une belle excuse. En effet, dans les milieux les plus conservateurs et nationalistes flamands (composés également d'une partie du patronat), une grande alliance national-flamande de droite - associant le VB - est préconisée pour contrer les socialistes, les syndicats et les mouvements sociaux. L'objectif des partisans de la rupture du cordon sanitaire n'est donc pas de déforcer le VB en le mouillant au pouvoir, mais de profiter de son « cheptel » électoral pour constituer cette « nouvelle force politique » d'ultradroite favorable à l'indépendance complète de la Flandre.
A l'opposé, une minorité dans le Nord du pays et la majorité en Communauté française revendiquent des mesures radicales pour contrecarrer la poussée électorale des représentants actuels du fascisme, de la droite populiste, raciste et antisociale. Une de ces mesures serait la suppression de la dotation publique aux partis antidémocratiques (revendiquée par les socialistes et écologistes francophones et néerlandophones, les libéraux et les démocrates humanistes francophones, ainsi que plusieurs organisations antiracistes). Une autre mesure serait d'interdire carrément le VB et le FN.
Sur le plan juridique, actuellement, une interdiction des partis d'extrême droite est impossible. La suppression momentanée de leur financement public est quant à elle très difficile. De plus, aucune de ces mesures ne vaincra à long terme ces partis qui ont déjà à plusieurs reprises prouvé leur habileté à contourner les obstacles mis à leur progression.
Antifascistes : toujours présents !
De leur côté, les militants antifascistes de terrain sont toujours en activité. En Flandre, dans les années 70 et 80, l'ensemble des sections locales du Front antifasciste (AFF) formait un véritable mouvement de masse capable de mobiliser des milliers de militants et sympathisants. Lors de manifestations populaires, l'AFF se confrontait à l'extrême droite de l'époque, alors composée essentiellement de groupes paramilitaires spécialisés dans les actions violentes contre leurs ennemis. Le combat était un « combat de rue ». L'ascension vertigineuse du VB après les élections législatives de 1991 a changé la nature du combat. De la rue, il passa à un combat purement politique, dont les batailles se livrent en général dans les assemblées parlementaires. Le profil différent entre les militants antifascistes historiques (dont l'action est extra-parlementaire) et les « nouveaux fascistes » (dont l'action se développe dans des assemblées parlementaires) déplaça la lutte sur d'autres lieux et avec d'autres « armes ».
Ce changement de cap, ainsi que le désarroi généralisé des démocrates face à la montée en puissance du Blok et sa banalisation dans les paysages politique et médiatique ont eu des conséquences négatives sur les capacités de mobilisation des mouvements antifascistes. Néanmoins, aujourd'hui, ils existent toujours. Moins nombreux que jadis, ils sont de proximité et se sont orientés vers des activités basées sur des campagnes de sensibilisation et d'information. Les antifascistes agissent ainsi en direction du monde politique afin qu'il reste combatif à l'égard du « fascisme parlementaire », désormais présent au coeur du système démocratique. Contraintes de s'adapter à l'aggiornamento de l'extrême droite, les organisations antifascistes se sont à leur tour transformées.
Formé de militants de terrain et de militants de l'information, le mouvement antifasciste reste riche de sa pluralité. Des campagnes rassemblant la majorité du monde associatif (organisations locales, syndicats, fédérations, associations militantes, cercles culturels...) sont régulièrement mises en place. Ne se confrontant plus directement aux partis et organisations d'extrême droite, ces campagnes s'adressent, par une stratégie intelligente, aux électeurs des partis liberticides. Objectif : les dissuader de voter pour le VB, le FN...
Parmi ces campagnes, alliant des actions pédagogiques et une pression sur le monde politique, citons : « Extrême droite, non merci ! », « Pour que Vive la démocratie », « La cible, c'est toi ».... Localement, des fronts et groupes antifascistes existent encore : à Bruxelles, à Namur, à Liège, à Anvers, à Gand... D'autres se réactivent au moment opportun. Sur les campus universitaires du pays, les étudiants vigilants contre l'extrême droite sont encore nombreux et lorsque l'occasion se présente, la mobilisation peut être importante, notamment grâce au savoir-faire militant des organisations de la gauche radicale.
Et puisque le combat contre l'extrême droite est aussi un combat qui se gagnera par l'information, plusieurs médias alternatifs et autonomes sont nés pour s'opposer aux nouvelles formes de la « bête immonde ». Du côté francophone, sur Internet, il y a notamment RésistanceS, et du côté néerlandophone Blokwatch.
Contre l'extrême droite : une politique globale et radicale
Le travail des antifascistes est nécessaire. Aujourd'hui plus que jamais. Cependant, contre l'extrême droite, il faut surtout des réponses politiques. L'antifascisme n'est pas un programme politique. Dès lors, sa nécessité réside dans ses capacités de sensibiliser le plus grand nombre à la vigilance contre les dangers que représentent les partis de la haine pour nos libertés. Les antifascistes doivent également lutter contre l'influence de l'ultradroite liberticide sur le reste du monde politique. La lutte antifasciste est une lutte contre des structures organisées (le VB, le FN...), mais surtout contre leurs idées. Qui peuvent à tout moment être récupérées par d'autres politiciens.
La victoire sur l'extrême droite électorale ne sera définitive que lors de l'adoption d'une politique globale et radicale qui ne s'attaque pas en premier lieu à elle, mais qui s'attaque de front aux raisons de ses succès politiques : les inégalités et l'insécurité sociales. Avant d'arriver à cette politique, l'antifascisme reste utile et nécessaire. Imaginons un instant où nous en serions aujourd'hui si ce dernier n'avait pas été présent...
Manuel ABRAMOWICZ
Coordinateur de RésistanceS (www.resistances.be) et auteur, notamment, du « Guide des résistances à l'extrême droite » (éditions Labor, Bruxelles, 2005).
© RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 15 juin 2006
http://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=90&art_id=285698
Le VB développe un marketing de la peur et de la haine
JEAN-CLAUDE MATGEN
Mis en ligne le 13/05/2006
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C'est le propre des partis qui défendent la pureté identitaire, dit Benoît Scheuer
ENTRETIEN
Benoît Scheuer est sociologue et il dirige l'Institut de recherche Survey and action.
Le drame d'Anvers a-t-il à voir avec la dialectique des partis d'extrême droite et singulièrement avec le discours du Vlaams Belang? Autrement dit, ce discours risque-t-il d'engendrer la violence de certains de ceux qu'il séduit?
Qu'il y ait un rapport, on peut le supposer. Les partis «ethnistes» développent une sorte de marketing de la peur et de la haine. Ils font l'apologie de la pureté identitaire, au prix si besoin d'une falsification, d'une réécriture de l'histoire.
Ils excellent à créer deux blocs antagonistes avec d'un côté «eux», et de l'autre «nous». Pour le Vlaams Belang, «eux», ce sont les francophones, les étrangers et les partis flamands démocratiques qui, acceptant de négocier avec l'ennemi francophone, sont des traîtres à la nation flamande.
Et «nous», ce sont les Flamands purs, victimes d'une forme d'envahissement. La victimisation est un instrument de propagande pour des partis ou des dirigeants de ce type.
Leur discours séduit apparemment nombre d'électeurs au capital culturel faible...
Pas seulement ceux-là. En vérité, il pénètre une société qui vit une crise identitaire profonde, ne se résumant pas à des difficultés économiques ou sociales et n'affectant pas uniquement ceux dont le bagage intellectuel est réduit.
Cette crise identitaire se traduit par un sentiment de négation de soi, de doute, de vide qui traverse toute l'échelle sociale et est alimenté par une série de «macro-turbulences sociétales».
A savoir...
L'Union européenne et sa construction font peur, la destruction du bloc soviétique a fabriqué de l'incertitude, l'appartenance à un groupe social déterminé, qui est une importante source d'identité, s'étiole, le phénomène de la globalisation déstabilise les gens.
Certains politiques en quête de pouvoir réussissent à manipuler l'opinion, en jouant sur ces peurs et en la présentant comme la victime d'une situation provoquée par les autres et dont ceux-ci profitent.
Mais pourquoi s'acharner sur des franges de la population qui ont pourtant acquis la nationalité belge et se sont intégrées à notre société?
Parce que les partis qui «ethnicisent» la société maintiennent une confusion permanente et importante entre origine et nation.
Un jeune d'origine turque de la 3e génération, né à Borgerhout et de nationalité belge, n'est pas flamand aux yeux des tenants du Vlaams Belang car on naît flamand, on ne peut le devenir.
On a constaté le même phénomène lors de la crise des banlieues françaises. Les jeunes ont exprimé par leur colère leur sentiment de ne pas être considérés comme citoyens français.
Et ce sentiment a été nourri par le discours du Front national qui considère, lui aussi, qu'on n'est français que par le sang.
Dans le discours du VB, de nombreux termes ont trait à l'insécurité. Qu'en pensez-vous?
Cela fait partie de la «panoplie» d'une idéologie fonctionnant de façon mono-identitaire. Cultiver la conscience victimaire est payant et cela se fait en attribuant par essence, par principe la responsabilité de la délinquance à la qualité d'allochtone, sans aucune considération pour les réalités socio-économiques qui expliquent nombre d'actes délictueux.
Le discours du Vlaams Belang est-il empirique ou charpenté?
Il est charpenté, cohérent et sa structure narrative présente de fortes similitudes, même s'il faut raison garder, avec celui de Milosevic, en Serbie, ou du Hutu power, au Rwanda.
On y retrouve les mêmes «invariants» socio-historiques comme disent les sociologues.
Les explosions qui ont embrasé le Rwanda, la Côte d'Ivoire, les Balkans étaient collectives. Ici, on relève des actes de violence isolés. Doit-on craindre autre chose?
Certes, nous ne sommes pas à la veille d'une épuration ethnique à Anvers, certes existent en Belgique une série de garde-fous, à commencer par une situation économique nettement moins dégradée que dans les endroits chauds que vous évoquez.
Mais il ne faut pas se voiler la face. Aucune société n'est à l'abri d'un tel danger et on risque à tout moment de reproduire Munich.
En Belgique, la montée du VB ou du FN à Charleroi ou à Liège doit inquiéter, la manière dont une élite politique en crise de légitimité réussit à manipuler une opinion publique déconcertée, qui ressent un réel sentiment d'insécurité et en devient une proie facile doit faire peur.
Car les fractures identitaires sont là, et elles ne sont pas que communautaires.
Je m'étonne de la surprise affichée par les partis démocratiques face aux actes de violence que nous connaissons. Ils n'ont pu, par un travail de prévention, éviter que se mettent en place des ingrédients dont l'histoire montre que, par leur conjonction, ils peuvent entraîner une explosion.
Et il me semble qu'ils éprouvent les plus grandes difficultés à tenir un discours fort sur la façon de vivre ensemble dans notre société, qu'ils n'opposent au discours des extrémistes qu'un discours également sécuritaire, ce qui ne sert à rien, ou qu'un silence assourdissant. Cela m'inquiète grandement.
© La Libre Belgique 2006
Le Vlaams Belang, «un cheval de Troie» (16/05/2006)
http://www.dhnet.be/dhinfos/article.phtml?id=149733
Ultra-populiste, le Belang est avant tout un parti caméléon
BRUXELLES Les crocs se sont élimés, avec le temps et les risques accrus de procès. Mais la mâchoire, elle, est toujours aussi robuste. Et carnassière. Si le Vlaams Belang a appris à mieux choisir ses mots, le fond de sa pensée n'a pas changé.
«Ce parti est et reste un vrai caméléon, une sorte de cheval de Troie», explique Manuel Abramovicz, auteur du Guide des résistance s, paru chez Labor. «Filip Dewinter est capable de réunir les patrons du port d'Anvers dans un salon cossu et de leur tenir un discours ultralibéral, tout en continuant à aller se recueillir le 1er mai sur la tombe de l'abbé Daens, à Alost, en tenant des propos ultrasocialistes!»
Bref, le Vlaams Belang, né en novembre 2004 sur les cendres du Vlaams Blok condamné pour racisme, est «un parti opportuniste, qui a appris à adapter son discours lorsqu'il s'adresse à ses différentes franges d'électeurs, car tous ne sont pas ultra-racistes ou ultra-poujadistes. Il sait se métamorphoser en fonction du public auquel il s'adresse et camoufler des pans de son programme», y compris son sexisme.
Il y a peu encore, un de ses ténors accordait une interview à Jewish week, mettant en garde les juifs contre les dangers de l'islam! Une façon culottée de faire flèche de tout bois pour grappiller ces soutiens qui feront la différence dans les sondages.
«Mais peu de juifs qui soutiennent le Vlaams Belang savent encore que ce parti est issu du VMO, qui était profondément antisémite», note Manuel Abramovicz. «De façon générale, on ne gratte plus assez ses discours, on ne répète plus assez qui il est vraiment, qu'il n'aime que le pouvoir et est prêt à tout pour y arriver. Un jeune qui est né en 1988 et va aller voter pour la première fois cette année, si on ne lui redit pas qui est le Belang, ne l'apprendra sans doute pas à temps pour le dissuader de le soutenir.»
«Sait-on encore assez, par exemple, qu'un des responsables de son service d'ordre est également membre du Voorpost, qui a toujours soutenu le négationnisme? Sait-on encore assez ses liens avec Were Di, ce cercle de réflexion dont les dirigeants ont toujours revendiqué leur héritage national-socialiste? Ou que son fondateur, Karel Dillen, n'a jamais renié son passé et est resté l'ami d'une éminence fasciste et négationniste?»
Que faire alors, l'interdire? «Mais sur quelle base? En quoi bafoue-t-il la démocratie? Le risque serait grand, pour la Belgique, de se faire condamner à Strasbourg. Le priver de dotation serait sans doute déjà efficace. Car ce parti est en campagne permanente et dépense plus que les autres pour sa propagande...»
Ch. C.
© La Dernière Heure 2006